De la collaboration entre science et parapsychologie en ufologie

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Un texte de Michel Vanbockestal

Avril 2016

Je lisais récemment les opinions très différentes à propos de l’opportunité d’étudier également les OVNIS à la lumière de nos connaissances en matière de parapsychologie, phénomènes surnaturels et autres inclassables et non seulement de réaliser une étude essentiellement axée sur la science.  Il est certain que chaque opinion se défend.

La science reste indéniablement une référence solide et probablement même la plus solide dont nous disposions apparemment.  Nous lui devons d’innombrables réalisations et bienfaits, mais peut-être aussi de ces « bienfaits » que l’Homme a récupérés dans le domaine militaire en lui attribuant dès lors des conséquences redoutables.  Parmi celles-ci figure sans doute l’exploitation de l’énergie atomique, laquelle semble intéresser (ou inquiéter) une intelligence que nous supposons très largement avancée, au point d’envisager que nous n’en soyons – comparativement – qu’à nos balbutiements au sein d’une possible multitude de civilisations.  Il est amusant de constater que la science évoluée, qui rejette généralement la parapsychologie, fait paradoxalement parfois de ses sujets autant d’apprentis-sorciers capables du pire et du meilleur.

Si tel devait bien être le cas, nous qui nous trouvons actuellement à l’aube d’un nouveau paradigme, il est concevable que nous devions imaginer que ces civilisations aient connu à de nombreuses reprises de ces bouleversements paradigmatiques.  Par conséquent, les entités que nous nous proposons d’étudier évoluent presque certainement dans des conditions que notre imagination la plus débridée ne pourrait absolument pas concevoir.  Si nous avions à converser avec l’un de ses représentants, outre l’obstacle linguistique (qui pourrait ne plus revêtir aucun sens), ne serions-nous pas aussi désemparés que ces hommes qui vivaient au temps de César et que l’on confronterait à nos contemporains habitués à la télévision et au Smartphone, ayant depuis longtemps marché sur la Lune, capables de détruire des légions entières d’une simple pression du doigt et bien d’autres choses encore qui leur apparaîtraient comme autant de prodiges miraculeux, « surnaturalisables », ce qui aurait fait d’eux des êtres « déifiables » ?

Certes, la science propose un garde fou appréciable évitant les dérives des hypothèses échevelées, un retour parfois rude à des conceptions bien terre à terre, un scepticisme de bon aloi faisant également œuvre de salubrité publique.  Mais nous savons aussi que le vrai n’est quelquefois pas vraisemblable, que la vérité emprunte bien souvent des chemins tortueux, que des conceptions scientifiques considérées jadis encore comme immuables ont dû être complètement revues et que les avancées de la physique quantique semblent relever d’une science-fiction inacceptable.  Et pourtant vraie !  En outre, la science a aussi connu des imposteurs dans ses rangs.

Ne constate-t-on pas aussi que la science, un terme générique qui désigne en fait de très nombreuses disciplines dont l’interprétation peut s’avérer très différente parce qu’envisageant un autre aspect contextuel, s’immisce de plus en plus dans la philosophie après s’en être pourtant départie ?  Or, le terme « philosophie » sert également de synonyme au mot « religion » ou « confession » ne serait-ce peut-être que parce que sa signification aboutit à un « amour de la sagesse » qui pourrait tout aussi bien être « sagesse de l’amour ».  Mais l’amour a-t-il un intérêt quelconque aux yeux de la science, en dehors de son aspect biologique réductible à la relation sexuelle, la reproduction ?  Car si l’on veut parler d’amour comme d’un sentiment, il faudrait alors plutôt faire référence aux sciences humaines et l’on changerait de territoire.  Cependant, les sciences humaines et sociales interagissent avec les sciences dites dures, la médecine est loin de n’être que scientifique tout en se basant sur de l’expérimental et de l’empirique.  Cela me semble démontrer que l’Homme ne peut s’étudier à la seule lumière d’une compétence, au travers d’un seul filtre ou grille de lecture, mais qu’il relève plutôt d’un ensemble kaléidoscopique très singulier.  Je ne pense pas qu’il soit anthropocentrique de considérer qu’il puisse en aller de même pour des civilisations extérieures.  C’est possible, mais nous n’en savons rien.

En partant du principe que l’objet de notre étude ne permet encore aucune conclusion définitive puisque nous ne savons toujours pas avec certitude ce que sont les OVNIS, que nous en sommes toujours réduits à émettre des hypothèses, le recours à la multidisciplinarité ou l’interdisciplinarité, voire la transdisciplinarité dont parle notre consœur Sylvie Joubert dans son excellent ouvrage « Coprésence, le manifeste de Möbius » me paraît tout indiqué.

Le danger réside dans la priorité que nous voudrions accorder à l’une des disciplines envisagées, en perdant de vue qu’elles pourraient être complémentaires ou – au contraire – générer des conclusions qui ne rendraient compte que d’un aspect, éventuellement observable seulement de manière sporadique.  Même si l’élargissement des moyens mis à notre disposition pour étudier le phénomène OVNI en y adjoignant des compétences souvent discréditées (mais aussi sur base de quels apriorismes !) peut faire craindre de se disperser, ne serait-ce pas aussi un procédé légitime en réponse à l’une des caractéristiques ovniennes principales, à savoir l’art du camouflage, du mimétisme ou de l’homochromie et, précisément, du discrédit ?

Une autre manière de considérer la question serait de revenir sur la différence énorme d’avance scientifique, technologique… etc. bref : paradigmatique, qui placerait l’objet de notre étude hors de portée de notre compréhension.  Quelle chance aurions-nous, dès lors, d’appréhender le phénomène ou ses sujets ?  (Le verbe appréhender a trois significations : prendre, craindre et comprendre, ce qui devrait se méditer).  Cette chance pourrait être tout simplement nulle.  Mais peut-être aussi présenterait-elle un faible pourcentage de réussite.  Dans ce cas, il apparaîtrait clair que, pour aboutir, la vision que nous devrions en avoir ne pourrait qu’être le fruit de la collaboration des yeux de multiples compétences, en vertu de leurs disparités.

Nous savons désormais que notre entourage ne nous renvoie que l’image d’une réalité très illusoire, laquelle nous apparaît comme telle car – finalement – cela sert parfaitement nos intérêts immédiats.  Mais tout peut dépendre du type de réalité, macroscopique ou microscopique, que nous désirons observer et il est certain que, le cas échéant, cela influencerait l’enseignement que nous pourrions en tirer.

Finalement, le consensus dépendrait du meilleur choix que nous puissions opérer dans le champ des possibles, à condition que ce dernier soit assez étendu et que nous puissions au besoin focaliser sur l’essentiel de manière à ne pas nous laisser leurrer par les apparences.  Pour poursuivre dans la métaphore, de nombreuses mises au point s’imposeraient.  Mais elles ne seraient réalisables qu’à condition de disposer de toutes les lentilles.

Les cas de poltergeist sont a priori totalement incompatibles avec les considérations ufologiques.  A première vue, on n’y décèle aucun rapport.  Je puis pourtant vous garantir que dans le cas d’Arc-Wattripont, que j’ai particulièrement étudié avec mon association, il a rarement été possible d’y trouver autant de connotations clairement ufologiques, même si celles-ci n’apparaissaient pas au premier regard.

Dans cette affaire, le milieu scientifique ne pouvait admettre que la simple supercherie.  Cette éventualité une fois écartée, le même milieu ne pouvait plus qu’envisager et calculer les sources possibles d’énergie  sans que cela permette de trouver le mécanisme qui régissait les phénomènes.  L’exorciste et le psychanalyste ne pouvaient à leur tour qu’appréhender l’une des facettes de l’énigme.  Dans un cas au moins, l’une de ces interventions a contribué à renforcer la problématique au lieu de la résoudre.   Les représentants de la loi ne pouvaient que constater et partir à la recherche de causes finalement très superficielles, sans les trouver non plus, avant de s’embarrasser dans les considérations judiciaires et administratives.  Des démonologues ont permis de comprendre qu’il n’existait aucune possession démoniaque.  Dès lors, on savait au moins ce que ce n’était pas mais on ne savait toujours pas ce que c’était !  Un médecin a pu mettre en évidence « l’effet blouse blanche » tandis que nous n’avions pas accès au dossier médical mais que nous pouvions exclure la pathologie mentale.  Bref : nous tournions en rond.  Aucun des spécialistes n’avait été déterminant.  Pourtant, le travail de chacun, dans des optiques souvent très différentes, a été utile.  Même les erreurs permettaient de procéder par élimination.  Finalement, nous avons dégagé l’hypothèse la moins invraisemblable, laquelle présentait – en plus – l’avantage de rendre compte des différentes hypothèses préexistantes, même celle du scepticisme.  Comble du fin, la supercherie s’intégrait dans la solution sans la contredire et dans une logique inattaquable !  Cerise sur le gâteau, une fois que tout ce travail fut fait, l’hypothèse ufologique est apparue, de plus en plus évidente, mais en présentant l’énorme inconvénient d’aboutir à une référence circulaire.

Voilà qui me paraît faire la démonstration éclatante de l’intérêt du rapprochement pluridisciplinaire en reconnaissant l’insuffisance de l’un quelconque des représentants pris séparément.  Chacun a apporté sa pierre à l’édifice, la principale difficulté réside finalement dans l’art de rassembler les pièces du puzzle en un tout cohérent.  Or, en l’absence d’un seul élément, l’image finale ne pouvait ni être validée ni se cristalliser en une réalité valablement observable.

Dans l’exemple que je viens de citer, on peut facilement comprendre que, confrontés à un puzzle véritable, classique, nous disposons de la faculté de reconstituer, de visualiser mentalement, virtuellement, l’image finale.  Cela provient de ce que cette image appartient à nos connaissances intégrées auxquelles il nous est facile de faire appel, parce qu’elles font partie de notre paradigme.  A la lumière de ce qui a été dit plus haut, on peut comprendre que ce n’est pas forcément le cas en ufologie.  Dès lors, la juxtaposition des différentes compétences devient ipso facto indispensable.

En conclusion, science et parapsychologie se heurtent à l’échec par leurs propres limites.  Mais le travail, les connaissances et les erreurs des uns et des autres, mis en corrélation, ouvrent curieusement une porte de sortie qui mène à une solution séduisante.  Les écueils à éviter résident dans le sectarisme et l’étroitesse d’esprit et l’art dans le dosage de la rigueur et de la permissivité.

M.Vanbockestal, (fondateur du CERPI). Avril 2016.

Auteur des livres :

Le poltergeist d’Arc-Wattripont – vérité, scandale et désinformation
(Editions Le Temps Présent – Collection Fonction Psi)

et :

Les Phénomènes Inexpliqués en Belgique
(Editions Jourdan – Collection Obscuria)

CERPI
Le Centre d’Études et de Recherches sur les Phénomènes Inexpliqués existe depuis 1979
http://www.cerpi-officiel.be