Dénonciateurs et UFOlogie©, un article de Nick Pope

Article du 18 juillet 2015
(Copyright 2014, Nick Pope – Tous droits réservés)
Edité par Robert D. Morningstar

*******

L’ufologie est pleine de dénonciateurs. Il y a celui qui a travaillé sur le vaisseau spatial extraterrestre dans la Zone 51, celui qui a été impliqué dans une fusillade avec des extraterrestres, celui qui a sauvé un alien et a été en mesure de le renvoyer à la maison et celui qui a participé à un voyage d’échange avec une planète étrangère. Ensuite, il y a celui qui a donné une interview dans une chambre d’hôtel et celui qui en a donné une dans une pièce sombre afin de dissimuler son identité. Oh… n’oublions pas celui qui a été assassiné par le gouvernement. L’ufologie est pleine de dénonciateurs, d’accord? … Faux! L’ufologie n’est pas pleine de dénonciateurs. L’ufologie est pleine de faux dénonciateurs.

A première vue, cela peut frapper certaines personnes, le propos étant excessivement sévère. Vous pourriez penser à des documents OVNI gouvernementaux que vous avez lus et qui vous rappellent des documentaires ou des conférences au cours desquelles certains de ces lanceurs d’alertes sont apparus. Certes, vous pourriez dire qu’une bonne partie de ce que nous savons sur les ovnis provient de divers dénonciateurs courageux qui ont pris la décision de violer leur serment de secret, parce qu’ils croient qu’ils ont une responsabilité morale supérieure à la vérité. Les gens ont le droit de savoir, comme on dit. Tout cela semble bien en théorie, mais la vérité est quelque peu différente et peut être facilement démontrée avec un peu d’analyse critique.

Demandez-vous ce qui se passe, en dehors du domaine de l’ufologie, quand des personnes divulguent des informations hautement confidentielles. Je ne parle pas des traîtres qui passent des informations classifiées à des puissances étrangères, mais les gens qui ont rendu ces informations publiques, invoquant le droit du public à savoir. Quelques noms bien connus me viennent à l’esprit: l’ancien employé de la CIA Edward Snowden et le spécialiste du renseignement de l’armée américaine Bradley Manning sont deux de ces personnes. Au Royaume-Uni, l’ex-officier du MI5 David Shayler et l’ancien employé du MI6 Richard Tomlinson sont de bons exemples. Il y en a d’autres. Maintenant, demandez-vous ce qu’a fait le gouvernement dans tous ces cas. La réponse est la suivante: ils ont poursuivi les personnes concernées, de manière proactive, agressive et sans relâche, en utilisant toutes les ressources à leur disposition. Et non, je ne veux pas dire qu’ils ont essayé de les tuer, je veux dire que là où l’État était en mesure de le faire, tout le poids du système de justice pénale (police, procureurs, tribunaux, etc.) a été utilisé contre eux. Dans la vie réelle, c’est ce qui arrive aux gens qui divulguent des informations classifiées. Alors pourquoi cela ne se produit pas avec les dénonciateurs de l’ufologie? Pourquoi le gouvernement laisserait ces gens tranquilles?

La réponse est évidente. Les soi-disant dénonciateurs de l’ufologie ne divulguent pas du tout d’informations classifiées. Ils inventent des histoires. Si l’une de ces personnes avait véritablement divulgué une information classifiée elle serait arrêtée en un instant. Je sais cela, non pas en raison du temps que j’ai passé sur le projet OVNI au MoD (Ministère de la Défense du Royaume Uni), mais en raison d’un emploi que j’ai eu plus tard à la Direction de la Sécurité de la Défense, où j’avais une implication périphérique dans des cas relevant de l’Official Secrets Act. Cela, ajouté à mes 21 ans passés dans un Ministère où l’information top secret est monnaie courante, m’a appris beaucoup sur la réalité de la manière dont sont traitées les allégations de violations de la sécurité.

Incidemment, au risque d’être étiqueté comme laquai du gouvernement, je n’approuve de toute façon pas les dénonciateurs, même ceux qui sont authentiques. En effet, ces personnes divulguent des informations après avoir décidé qu’ils savent mieux que quiconque si oui ou non quelque chose doit être publié. Cependant, ce que j’ai appris de mon propre travail sur les informations classifiées, c’est que le propriétaire de l’information, habituellement l’expert en la matière, est le mieux placé pour porter un jugement sur l’opportunité ou non que quelque chose puisse être déclassifié en toute sécurité. Donc c’est une erreur lorsque quelqu’un d’autre, voyant ces documents passer à travers son bureau, décide par lui-même que quelque chose devrait être de notoriété publique, sans en connaître l’histoire complète. C’est arrogant et impoli. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de place pour la dénonciation responsable dans une société libre, ouverte et démocratique, mais ceci est une discussion pour un autre jour.

Revenant aux ovnis et la dénonciation. Qu’en est-il à propos du personnel vérifiable des gouvernements et des militaires qui se sont prononcés sur les ovnis? Des gens comme Edward Ruppelt, le Dr. J. Allen Hynek, moi-même, le Dr John Alexander, Charles Halt, John Burroughs, Jim Penniston et d’autres? Le point clé est que ce ne sont pas des dénonciateurs. Ces personnes se répartissent en deux catégories. Des témoins comme Halt, Burroughs et Penniston décrivent simplement les expériences qu’ils ont eues. A moins que quelqu’un leur ait demandé spécifiquement de ne pas parler de certaines choses, ils ne divulguent pas d’informations classifiées en décrivant ce qu’ils ont vu et vécu. Quand je collaborais avec Burroughs et Penniston sur le livre à succès « Encounter in Rendlesham Forest« , le manuscrit a été pré-soumis à la fois au Ministère de la Défense du Royaume-Uni (MoD) et à celui des États-Unis (DOD), parce que nous traitons avec sérieux nos serments de secrets respectifs. Lorsque Charles Halt est interrogé sur les questions nucléaires, il refuse de commenter, confirmer ou nier la présence d’armes nucléaires dans un endroit particulier à un moment donné (je réponds à ces questions exactement de la même façon). Quant à ceux d’entre nous qui ne sont pas des témoins, mais qui ont véritablement enquêté sur les OVNIs pour le gouvernement, nous prenons aussi nos serments du secret au sérieux et nous ne divulguerions jamais des informations classifiées sans l’autorisation appropriée. Nous ne sommes pas des dénonciateurs. Quand les gens me voient à la télévision parler des dossiers OVNIs du MoD, je parle de dossiers qui ont déjà été déclassifiés par le gouvernement britannique.

Cela me conduit à l’ironie finale concernant les personnes en ufologie qui prétendent avoir connaissance de l’intérieur de projets gouvernementaux secrets sur les OVNIs. Vous savez de qui je veux parler. Ceux qui font des proclamations fantastiques mais totalement invérifiables à propos de vastes bases souterraines, d’accords d’échanges secrets entre les Présidents et les extraterrestres, des bases sur la lune, des colonies de Mars et bien plus encore. Ces gens ont des certitudes absolues sur les ovnis, les extraterrestres, etc… Ils vous donneront les détails sur quoi que ce soit qui concerne les systèmes de propulsion des OVNIs, les agendas aliens, jusqu’à la géographie de différentes planètes extraterrestres. Cela reflète la façon dont de nombreux ufologues aux extrémités du spectre de croyance (les croyants les plus dévots et les debunkers acharnés) sont absolument certains de la véritable nature du phénomène OVNI. Et voici l’ironie ultime: ceux d’entre nous qui ont véritablement fait des recherches et étudié le mystère OVNI pour le gouvernement sont beaucoup moins sûr de choses!
Traduction en Français de Jacky Kozan, le 23 juillet 2015