Lettre ouverte à mon directeur de laboratoire par Jean François Gille

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Jean François Gille
Docteur ès sciences
Chargé de recherche au CNRS

Article publié dans le journal Libération du Jeudi 11 mars 1982
Page 23 (pleine page, avec photo demi -page, sur quatre colonnes)

Houston, le 9 décembre 1981

Cher Eduardo, (*)
Je te remercie de ton aimable lettre du 25 novembre. Tu m’encourages à détailler mes activités de recherche… Ta lettre est sympathique et rend tout refus plus difficile. Détailler les étapes de ma recherche, de mon enquête, l’exposer par écrit auprès de gens que je ne connais pas, qui ne sont en aucune manière responsables devant moi des décisions qu’ils prendront sur ma personne – protégés qu’ils sont par l’anonymat (j’en excepte M. Louis M ], qui m’a adressé une lettre menaçante) – je ne crois pas que cela me soit possible. Si j’expliquais par le menu mes activités depuis plus de quatre ans, je rencontrerais auprès des membres de la « Commission 05 » le même mépris, au mieux un dédain amusé, que j’avais enduré à Meudon en 1978 auprès de l’équipe de Brandon Carter. On me dirait : « Ce n’est pas de la Science ».
Or, à ma très modeste place de tout petit scientifique, j’estime avoir fait mon devoir d’être humain et de chercheur. J’ai indiqué, du mieux que j’ai pu, quelles étaient les questions nouvelles et extraordinaires sur lesquelles un organisme comme le CNRS pourrait faire porter au moins une petite partie de son effort.
Quelles sont-elles, ces questions ? Et bien, tout simplement ce qu’on appelle populairement le, problème des OVNIs. Je te livre ci-dessous, le plus brièvement possible, les conclusions auxquelles je suis moi-même (avec quelques autres) parvenu.

1°) Depuis en tous cas le fin des années 40, et sans doute depuis une époque considérablement plus reculée, la Terre est entourée de civilisations spatiales. Ces civilisations spatiales ont précédé l’émergence de l’humanité peut-être de millions d’années (il y a suffisamment d’anciennes étoiles C-2 entourées (« vraisemblablement », je sais) d’un cortège de planètes pour cela) – mais, dans cette lettre, pour raison de concision, je passerai sous silence les nombreux faisceaux d’indices qui sont, même aux scientifiques de la plus stricte tradition académique, actuellement disponibles.
Certains OVNIs sont donc les véhicules des civilisations spatiales susdites. Il y a des vaisseaux-mères, et le plus souvent n’approchent du sol que des « chaloupes » (d’environ 5 mètres d’envergure) – tout cela surabondamment attesté par de nombreux témoins fiables, pilotes, radaristes, météorologistes… Mais, je le répète, cela est enregistré par ailleurs, et je n’ai pas l’intention d’esquisser ici une démonstration (il y faudrait une œuvre collective de plusieurs milliers de pages), mais seulement de résumer les points saillants de ma position.
Ces civilisations « spatiales » sont, pour le moment, inaccessibles à notre initiative. Cependant elles n’existent pas seulement – comme seraient prêts à le reconnaître la plupart des astrophysiciens des jeunes générations (cf. Carl Sagan) -autour d’étoiles situées à des milliers de parsecs de nous. Non, elles sont présentes dans notre environnement, bien que la plupart du temps non perceptibles par les humains. On peut concevoir que la majeure partie des civilisations spatiales n’habite pas, en dépit de cette proximité d’intervalle, notre continuum, L’interprétation d’Everett de la Mécanique Quantique, en substance sa “Many World Theory”, servant de cadre aux concepts des États Virtuels et de la zero point énergie du vide développée par le colonel Thomas E. Bearden, permet d’avoir au moins un schéma de ce qui pourrait se passer quand un OVNI devient visible.

2°) Des OVNIs – manifestations provisoirement visibles des civilisations spatiales – prennent en fait « contact », dans un voisinage spatio-temporel chaque fois très restreint, avec certains humains. Mais ce contact est discret (y compris, dans l’acception mathématique du mot). « Beaucoup d’entre les hommes se sont aperçus de leur présence, bien qu’il appert que cette reconnaissance soit, pour la majeure partie, d’un type très primitif, quasi-religieux. En tant que communauté scientifique mondiale ou en tant qu’entité planétaire, «nous» ne sommes pas conscients de leur présence » (David W. Schwartzman, Icarus, n°32, déc. 1977, pp 473-475).

3°) A partir de la fin des années 40, de grandes puissances ont pu récupérer plusieurs épaves d’OVNIs. Certains de ces OVNIs suffisamment intacts pour fournir l’évidence d’une technologie non humaine.
Ces épaves d’OVNIs, d’où il a été retiré, dans plusieurs cas, des cadavres d’êtres non humains de forme « humanoïde », sont sous la garde des autorités. Par autorités, j’entends des structures politico-militaires suffisamment secrètes et / ou des départements des services de renseignements (presque) totalement autonomes vis-à-vis du circuit universitaire. Aux USA, la base de Wright Patterson est le candidat le plus vraisemblable eu égard au recel des cadavres de ces entités (Cf. La Recherche, n°124, juillet-août 81, p. 885).

4°), et cela représente plus spécifiquement ma contribution, j’accuse la communauté scientifique d’abandon de poste.
Depuis près de trente cinq ans ces problèmes (les OVNIs) n’ont pas simplement été négligés par la communauté scientifique, ils ont été tout bonnement niés (avec une fureur hystérique, à bien des occasions). La démission intellectuelle que cela représente est d’une exceptionnelle gravité. Il n’est pas exagéré de dire que j’éprouvais une grande honte lorsque, à partir de la fin des années soixante, je pris progressivement conscience des trois points évoqués plus haut, à n’appartenir qu’à une communauté qui, trahissant sa plus haute mission – informer et instruire le reste de la population, en un mot « dire la vérité » -, laissait à une autre organisation sociale le soin d’assumer exclusivement la confrontation et l’étude de cet inconnu radical, le plus prodigieux que l’humanité ait connu.
Cette organisation sociale est l’Armée. Et nous, dans notre pharisaïsme d’intellectuels de gauche, nous n’avions que condescendance, drapée d’indignation raisonneuse et d’inébranlables complexes de supériorité morale, vis-à-vis de cette institution. Il serait temps d’aller à Canossa…
Cette « trahison des clercs » me laisse au moins libre d’apprécier sans indulgence une communauté scientifique qui refuse de se décider à examiner l’énorme mystère qui frappe doucement à notre porte. Un article (il y en a chaque mois d’analogues dans toutes les revues scientifiques) paru dans Scientific American me servira d’unique exemple : « Travestissement des Signaux Sexuels chez les Lucioles », juillet 1981, 245, 1, pp. 138-145. En bon français, ça s’appelle déserter les vrais problèmes pour se consacrer de préférence aux enculages de mouches !
Et quant aux hommes de la Commission 05 qui me jugeront, je considère comme inutile de leur demander de penser à l’avenir à long terme de la communauté scientifique au sein de la société.
Reçois, cher Eduardo, de personne à personne, mes salutations les plus amicales.
J.F. Gille
Docteur ès sciences
Chargé de recherche au CNRS

(*) Eduardo de Rafael, alors Directeur du Centre de Physique Théorique (CPT) à la faculté des Sciences de Luminy, Marseille.